Pour moi, l’idée de vendre des produits du chanvre ne remonte pas à hier. En fait, cela fait exactement 25 ans que le germe de cette idée s’est placé dans mon esprit. Si vous avez lu l’article sur HEMP BC, vous savez alors comment j’ai découvert le chanvre. Pour résumer, c’est lors d’une visite dans ce magasin à Vancouver que le chanvre m’est apparu comme le trésor qu’il est.

Dès mon retour dans l’est du pays, j’ai entrepris de me renseigner encore plus. Internet qui, à cette époque, n’avait pas l’ampleur qu’il a aujourd’hui, disposait néanmoins de belle ressources… C’est également en lisant le livre : The Emperor Wears No Clothes, écrit par l’activiste américain Jack Herer, que mes connaissances se sont encore plus développées.

Très tôt, j’ai appris le fabuleux potentiel du chanvre pour fabriquer toutes sortes de produits. Je l’avoue, au début, je croyais que cette plante était miraculeuse et qu’elle sauverait la planète en offrant une économie parallèle plus verte et axée sur le développement durable (à ce moment, on ne parlait pas encore de décroissance économique). Un peu idéaliste, et profondément utopiste, le potentiel du chanvre m’était à ce point une évidence que je ne comprenais pas que les gens n’accueillaient pas immédiatement cette plante.

Or, j’ai déchanté assez rapidement lorsque je me suis fait dire de ne pas montrer ma carte d’affaire par un ami avocat qui pensait principalement à mon bien. Il faut savoir qu’en 1995, le chanvre était complètement illégal. Il était illégal de le faire pousser, au même titre que la marijuana. Il était aussi illégal d’en posséder et malgré que le chanvre industriel contienne moins de 0,3% de THC, quelqu’un qui en possédait pouvait se voir accuser de possession de stupéfiant et quelqu’un qui en vendait, pouvait se voir accuser de TRAFIC de stupéfiant.

Première carte d’affaire de Caneve, réalisée quelque part en 1995!

Heureusement, cette loi absurde a été invalidée par le gouvernement de Jean Chrétien en 1998 avec l’adoption du Règlement sur le chanvre industriel dans la foulée de la refonte de la loi sur les stupéfiants.

Celant étant, il n’en demeure pas moins qu’en 1995, dans l’est du Canada, j’étais perçu comme un extraterrestre avec mes idées de réintroduire le chanvre industriel dans notre économie! Tellement convaincu de la rectitude mes idées et de l’absurdité de la loi, j’ai décidé d’aller me livrer à la police en apportant une foule d’échantillons de mes produits que je faisais alors venir de l’ouest canadien et américain. J’étais alors prêt à me faire arrêter et mon but était, si cela devait arriver, de porter ma cause devant les plus hauts tribunaux du pays et de contester la loi elle-même en avançant que celle-ci brimait les droits et libertés garantis par la constitution canadienne.

Cette visite au poste de police a été des plus instructives. Premièrement, on m’a laissé repartir sans accusations car les policiers savait déjà que les produits présentés ne constituaient aucunement une menace pour la sécurité publique. Mais j’ai appris aussi que plusieurs policiers, à l’instar d’une bonne partie de la population, ne connaissaient pas la différence entre les variétés de chanvre. Bref, j’avais du pain sur la planche!

Plus confiant, j’ai alors passé mes premières commandes dans des boutiques de Winnipeg et de Nelson en Colombie-Britannique. Des petits portes-feuilles, des savons, des sacs et de la corde ont constitué mon premier inventaire. Un ami m’avait laissé un comptoir vitré dans son magasin de disque et c’est ainsi que Caneve a vu le jour!

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