C’est en 1995, lors d’un séjour en Colombie-Britannique, que j’ai découvert l’existence du chanvre industriel. Par un bel après-midi de printemps, alors que je laissais mes pas me guider dans la magnifique ville de Vancouver, je suis tombé sur un des premiers, sinon le premier headshop (ou smokeshop) au Canada, j’ai nommé Hemp BC, propriété de Marc Emery (ce dernier militait activement pour la légalisation du cannabis sous toutes ses formes). À l’époque, j’étais déjà bien au courant que le cannabis pouvait servir de drogue, mais j’ai été très surpris de voir des casquettes, des chemises et de la ficelle dans la vitrine de ce magasin qui semblait surtout spécialisé dans la vente de produits servant à la consommation de stupéfiants!

Intrigué, je me suis dirigé vers l’entrée et alors que ma main se refermait sur la poignée, j’ai eu l’étrange impression que ce n’était pas seulement une porte qui s’ouvrait devant moi, mais le couvercle d’un coffre au trésor. Derrière les bongs, les pipes, le papier à rouler et le poster de Bob Marley, j’ai découvert le véritable prodige : je parle bien entendu du chanvre industriel et de toute l’ampleur et les grandes possibilités offertes par cette plante fantastique. J’ai découvert chez Hemp BC des produits aussi variés que fascinants. Du tissu de chanvre en vente au mètre, des casquettes, des vêtements de tout genre, de la corde et des ficelles et beaucoup de littérature sur le sujet… Les employés étaient particulièrement bien informés et malgré un nombre sans cesse croissant de questions, ils ont démontré une grande patience et une grande générosité; je les sentais animés par le même intérêt qui m’inspire aujourd’hui. C’est à ce moment qu’est né chez moi cette passion qui survit encore, m’accompagnant à travers le temps sans perdre un seul cran de son intensité.

Je me souviendrai toujours, en entrant dans la boutique, avoir remarqué cette odeur fortement caractéristique de la marijuana qui brûle… Et j’ai été très surpris de remarquer qu’on avait allumé un joint et que ce dernier circulait librement dans la boutique, pour qui voulait bien en fumer! Je me suis informé sur cette pratique et on m’a expliqué qu’à tous les après-midi à 16h20 (4:20 pm), on allumait un joint afin de défier la loi qui interdisait la consommation de cannabis récréatif. Cet acte de désobéissance civile devenait en quelque sorte un acte politique servant à provoquer un débat sur une loi que ces gens jugeaient être anticonstitutionnelle.

C’est bien connu, les grandes tendances en Amérique prennent souvent forme dans l’Ouest pour se propager vers l’Est. Eh bien, il aura fallu plus de 20 ans avant que vienne au jour l’idée de la boutique en ligne Caneve. Je peux remercier Hemp BC et Marc Emery de m’avoir ouvert les yeux sur le chanvre industriel!

Note : En 1995 le chanvre industriel était sous la même interdiction que le chanvre psychotrope. Ce n’est qu’en 1998 que le gouvernement canadien distingua les deux variétés. Autrement dit, quiconque portant un t-shirt de chanvre, à cette époque, était susceptible de se faire arrêter pour possession de cannabis! Qui plus est, quelqu’un qui vendait un t-shirt de chanvre risquait de se voir accusé de « trafic » de stupéfiants. La loi canadienne ne faisait alors aucune distinction entre le chanvre industriel et la marijuana.

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